Il faut aimer fort pour passer au travers

Janvier 2025 - ISAMK - Institut supérieur des arts Mory Kante, Dubreka, Guinée

 

J’ai mis plus de dix ans à mettre les pieds en Guinée pour la première fois.


Dix ans où j’ai pourtant produit nombre de workshops artistiques, concerts, conférences, cours …. sur la culture des ballets guinéens, en Suisse et au Danemark.


Beaucoup croyaient que j’y étais déjà allée de nombreuses fois.


Ce n’était pas le cas.


Ce n’était certes pas l’envie qui manquait cependant… quand ce n’est pas le moment….


Ce n’est pas le moment.


Finalement les circonstances se sont manifestées et je suis partie fin 2023 —— pas tant pour la danse ou la musique ou …. Non.


Pour un projet.


Un projet de rénovation de la salle de répétition du Ballet Fonike (et d’autres) à Bonfi.


Durant les débuts du projet menés depuis le Danemark, j’étais loin de me douter que j’allais réellement plonger dans la réalité crue d’un choc structurel, culturel et humain qui me poserait encore et encore cette question:

Jusqu’où es-tu capable de rester en intégrité avec toi-même et le projet, la vision que tu défends ?


Une traversée nécessaire que j’attendais et qui m’a montré une réalité culturelle crue et sans compromis.


Durant ce voyage, je me suis trouvée à prendre des décisions radicales.

En accord avec une intégrité morale que je ne négocie pas.


J’en ai subi les conséquences.


Je les acceptées parce que penser à un artiste danseur ou musicien qui se déplace tous les jours à la salle de répétition, parfois sans avoir mangé, parfois sans avoir l’argent pour son retour chez lui, donne suffisamment de force pour … se tenir soi-même droit dans ses bottes.


Je suis rentrée exténuée, blessée physiquement et malade mais j’avais trouvé ce que je cherchais: le sens derrière les pas.


Et le sens derrière ce que je faisais depuis plus de dix ans:

Un amour illimité mais lucide pour ce qu’implique la préservation d’un art, d’une culture, d’une identité que je refuse de voir réduits à des objets de consommation.

C’est aussi simple que cela.


Il faut aimer fort pour passer au travers.


Je suppose que c’est le cas.

TERENAA

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